Baratta, Antonio (1826-1831)

Entre 1826 et 1831

Né en 1802 à Gênes, Antonio Baratta est élevé dans la ville de Turin où il fait ses études. Il occupe ensuite un poste dans les “Regie Dogana” – corps chargé des douanes et frontières de la République de Sardaigne - qui lui sert de tremplin pour entamer une carrière diplomatique. Pour son premier poste consulaire, il est en fonction à Constantinople de 1826 à 1831. Son goût pour le détail, son esprit critique et son admiration pour la culture turque le conduisent à publier plusieurs ouvrages sur la capitale ottomane. Après Constantinople, il sert dans divers consulats du Moyen Orient, puis il rentre dans son pays natal où il fait une carrière de journaliste. Il meurt à Turin en 1866.

Baratta fait partie des nombreux observateurs étrangers qui se sont trouvés dans l’Empire ottoman pendant la période du “tanzimat”, c’est-à-dire de la réorganisation générale de l’État dans un esprit d’ouverture vers la civilisation occidentale, initiée par le Sultan Mahmud II (1808-1839) et poursuivie jusqu’en 1876.

Les deux gravures des Îles-des-Princes qu'il propose dans son ouvrage sont en fait tirées de l'ouvrage du Révérend Robert WalshConstantinople and the scenery of the seven churches of Asia minor, illustrated in a series of drawings from nature by Thomas Allom..., paru quelques années plus tôt [en 1838].

 

Texte français : traduit par Jean-Pierre Grélois

ÎLES DES PRINCES

Au centre de la mer que nous venons de décrire en brèves esquisses, se dressent gracieusement neuf éminences dont l’ensemble est communément désigné sous le nom d’archipel de Marmara ou îles des Princes.

Cinq de ces éminences ne sont que des écueils sans habitants, bien qu’ils ne soient pas complètement démunis de végétation, et elles s’appellent Oxie, Platée, Néandre et Antirovithe, ou île des Lapins. Les quatre autres sont de véritables îles et sont appelées Protè, Antigone, Chalki et Büyük Ada (Grande Île) ou Prinkipo. C’est d’après cette dernière que l’ensemble de toutes a pris sa dénomination générale.

Situées en face de Constantinople dans une mer presque toujours tranquille et sous un ciel paisible et très limpide, les îles des Princes furent de tout temps un lieu de séjour de prédilection pour les citoyens aisés de Byzance lesquels s’y rendent pour passer une grande partie de la saison estivale ou à y jouir d’heures joyeuses à se distraire quand l’esprit, las des pensées quotidiennes, réclame le soulagement de la solitude et de la paix. Outre les qualités naturelles qui concourent au plus haut point à rendre amènes de tels séjours, il s’en ajoute une autre qui fait que les visiteurs s’y rendent en très grand nombre depuis tous les points du littoral : il s’agit de la liberté illimitée dont on y jouit, liberté dont ne diminue jamais la douceur, d’autant plus agréable et suave que sont voisines la servitude et l’oppression. Abandonnées en effet à l’administration d’un aga dépourvu d’armes et de quelque autre instrument de despotisme, les îles des Princes, protégées depuis un temps immémorable par je ne sais quel bon génie, ont toujours constitué une sorte de paisible république sur laquelle la tyrannie voisine des sultans n’osait pas ou, pour mieux dire, n’avait pas coutume d’étendre sa griffe rapace et dévastatrice. On ne doit donc s’étonner si, eu égard à l’étendue limitée du territoire, la population des quatre plus grandes îles a été et reste plus nombreuse que ce qu’elle est habituellement sur les terres turques. […]

Vue des îles des Princes depuis le monastère de la Sainte-Trinité

"fig. 3: Vue des îles des Princes depuis le monastère de la Sainte-Trinité"

La première des [gravures] (fig. 3) reproduit le délicieux panorama qui s’ouvre au regard depuis la terrasse élevée du monastère de la Trinité (Hagia Triada), situé sur la plus haute cime de l’île de Chalki. […] Comment en effet exprimer jamais en paroles les émotions enchanteresses qui enivrent le cœur et l’esprit en présence de lieux si amènes, véritables Champs Élysées du monde et de l’Orient ?

Le monastère de Saint-Georges sur les îles des Princes (mer de Marmara) [NB: il s'agit de Saint-Georges de Chalki et non de Prinkipo]

"fig. 4: Le monastère de Saint-Georges sur les îles des Princes (mer de Marmara)" [NB: il s'agit de Saint-Georges de Chalki et non de Prinkipo]

La seconde (fig. 4) présente en revanche l’image du monastère Saint-Georges, refuge solitaire et tranquille de vénérables anachorètes, qui couronne la plus haute des trois cimes que l’on distingue dans l’île de Prinkipo. Il existe aussi deux autres monastères sur les deux sommets plus bas mais, bien que l’on y jouisse aussi de fort délicieux points de vue, c’est de celui de Saint-Georges que la Propontide se déploie aux regards dans toute son incomparable beauté.

 

Texte italien : Antonio Baratta, Costantinopoli effigiata e descritta, con una notizzia su le celebri sette chiese dell’Asia Minore ed altri siti osservabili del Levante, Turin, 1840, p. 370-371 (autre numérisation).

ISOLE DEI PRINCIPI

Sul centro del mare che abbiamo or ora in brevi cenni descritto, innalzansi, vagamente, nove eminenze, il cui complesso viene comunemente designato col nome di arcipelago di Marmora od isole dei Principi.

Cinque di queste eminenze sono semplici scogli, privi di abitatori, sebbene non ignudi, in tutto, d’ogni vegetazione, et chiamansi Oxia, Plati, Pita, Niandro et Antérovito, od isola dei Conigli ; le altre quattro sono vere isole, en vengono dette Proti, Antigone, Khalki e Buiuk-Adà (isola grande) o Prinkipu. Egli è da quest’ultima che l’assieme di tutte ha tolta la generale sua denominazione.

Collocate in faccia a Constantinopoli, entro un mare quasi sempre tranquillo, e sotto un mite e limpidissimo cielo, le isole dei Principi furono in ogni tempo prediletto soggiorno degli agiati cittadini di Bisanzio, i quali, fin da remotissime epoche, recanvisi a passare gran parte dell’estiva stagione od a godervi liete ore di distrazione quando l’animo, stanco dai cotidiani pensieri, reclama il refrigerio della solitudine et della pace. Senonchè ai pregi naturali che sommi concorrono in tali ameni soggiorni, altro pregio s’aggiunge, d’inestimabil valore, il quale fa sì che frequentissimi giungano colà, da ogni punto del littorale, i visitatori : egli è questa la libertà illimitata che vi si gode : libertà il cui si dolce non mai scende tanto grato e soave, quanto allorchè le sta vicina la schiavitù e l’oppressione. Abbandonate, in fatti, al regimento di un agà sprovvisto d’armi o di ogni qualsiasi altro strumento di despotismo, le isole dei Principi, difese ab immemorabili da non so qual genio amico, costituirono sempre una specie di quieta repubblica, sulla quale la vicina tirannide de’sultani non ardiva, o, per meglio dire, non costumava stendere la sua unghia rapace e desolatrice. Né è quindi a stupire se, avuto rispetto alla poca estensione del territorio, la popolazione delle quattro maggiori isole fosse e conservisi numerosa più di quanto le terre turche sogliano esserlo. […]

Isole dei Principi vedute dal convento della ss. Trinità

"Isole dei Principi vedute dal convento della ss. Trinità"

La prima di esse (fig. 3) riproduce il delizioso panorama che schiudesi all’occhio dal sublime terrazzo del convento della Trinità (Aja-Triada) situato sulla maggior vetta dell’isola di Khalki. […] Come mai, in fatti esprimere con parole le incantevoli emozioni che inebbriano il cuore et la mente alla presenza di luoghi si ameni, veri Elisi del mondo, nonchè dell’Oriente ?

Monasterio di S. Giorgio nelle isole de' Principi

"Monasterio di S. Giorgio nelle isole de' Principi"

La seconda (fig. 4) presenta, invece, l’immagine del convento di S. Giorgio, ermo e tranquillo albergo di venerevoli anacoreti, il quale incorona la più alta delle tre vette che distinguonsi nell’isola di Prinkipu. Due altri conventi esistono pure sulle due minori sommità : ma sebbene anche da queste godansi dilettosissimi punti di vista, egli è dalle eminenze di S. Giorgio che la Propontide spiegasi allo sguardo in tutta la incomparabile sua vaghezza.