Björnståhl, Jacob Jonas (1777)

Jacob Jonas Björnståhl

12-14 juin 1777

Né en 1731 à Rotarbo (Suède), le voyageur Jakob Jonas Björnståhl fait ses études à Upsala. Il voyage ensuite en Angleterre et en Europe continentale avec le fils du baron Rudbeck, dont il est le tuteur. Au cours de ce séjour, il étudie les langues orientales à Paris. De retour en Suède, il devient professeur à l’Université de Lund avant d'être envoyé par le roi Gustave III dans l’Empire ottoman, ce qui lui donne l’occasion d’apprendre le turc.

Ses impressions sont consignées dans un journal, où il fait état des médailles ainsi que des livres, manuscrits et imprimés, qu’il y a vus.

Parmi ces livres, il mentionne ceux de la bibliothèque de la Sainte-Trinité à Chalki, qu’il trouve en très mauvais état.

Il meurt de la peste à Thessalonique en 1779.

Texte français (traduit de l’allemand par Jean-Pierre Grélois)

Le 12 juin [1777] je me rendis dans l’île de Chalki. Je passai devant la pointe où se dresse le Sérail et devant Chalcédoine, aujourd’hui Kadıköy. Le vent était bon et nous fûmes en deux heures à Chalki. C’est la plus agréable des îles des Princes qui sont au nombre de quatre. La première, qui se trouve la plus proche de Constantinople, s’appelle Protè, la deuxième Antigone qui possède un village du même nom ; la troisième est Chalki ; la quatrième Prinkipo ou île du Prince. Il y en a en outre trois ou quatre qui ne constituent que des écueils nus et qui sont situées entre Antigone et Chalki. Cette dernière doit son nom au cuivre : elle se nomme en effet Chalki ou Chalkitès ; elle est belle, avec du côté sud un port du nom de Çam limanı, ou port des Sapins [sic], par ce qu’aux environs se dresse une foule de sapins. Il y a là trois monastères, à savoir Saint-Georges, Sainte-Marie ou Panaghia, et la Sainte-Trinité où se trouvent des manuscrits grecs.

            13 juin. Le lendemain matin nous entendîmes retentir les cloches d’un monastère. C’est quelque chose de rare dans le Levant ; cette liberté n’existe que sur toutes les îles grecques.

            Le même jour, je rendis visite au vieux patriarche grec Iôannikios Karatzas [Iôannikios III, patriarche du 26 mars 1761 au 21 mai 1763 (n. d. t.)] qui fut patriarche de Constantinople en 1761, mais qui a été déposé il y a plusieurs années, et qui maintenant passe sa vieillesse sur cette île. On lui donne encore le titre de Sa Sainteté. Il ne brille pas par les connaissances. Il vantait la tolérance des Turcs : durant ses fonctions il a réédifié sept églises chrétiennes. C’est son frère qui est allé avec l’ambassadeur turc en Suède ; son autre frère est prince titulaire de Valachie. Lorsque je pris congé de lui, il me prit dans ses bras et me baisa sur le front. Il avait auprès de lui ses nièces : elles étaient selon la coutume des Grecques curieuses et indiscrètes.

            Je fis ensuite la connaissance de M. Emmanuel Makos qui est logothète, c’est-à-dire administrateur des biens et revenus de l’église patriarcale, ainsi que de son épouse, une fille du prince titulaire de Valachie, antérieurement premier drogman de la Porte, et frère du patriarche Karatzas. Cette dame fumait du tabac et ne s’en faisait pas la moindre honte.

            Les panoramas sur cette île sont charmants. Le monastère Sainte-Marie a en particulier une situation enchanteresse. Le chemin qui y mène parcourt une forêt de sapins qui donne à l’endroit beaucoup de ressemblance avec ceux de Suède : nulle part je n’ai plus complètement retrouvé ma patrie, sauf là et en Suisse. On voit de là Constantinople. Près du monastère se trouve le tombeau d’un ambassadeur anglais, Edward Barton : la pierre tombale porte la date de 1597 ; j’ai pris copie de l’épitaphe.

            Le soir M. Makos me fit part de la vie de Panagiôtès. Cet homme fut premier drogman de la Porte, et le premier Chrétien à exercer cet office. C’était un homme de nobles sentiments et de bienfaits. Une fois, durant sa jeunesse, il donna une somme d’argent à un pauvre inconnu : c’était un pacha tombé en disgrâce et banni à la campagne, qui vivait incognito et discrètement dans un jardin de Péra ; il envoya son serviteur vendre ses mouchoirs pour en tirer de quoi acheter du pain. Panagiôtès, qui était alors jeune de langue auprès de l’ambassade allemande, donna au serviteur une poignée de sequins. Le pacha devint quelques semaines plus tard grand vizir et fit rechercher par son serviteur Panagiôtès qui devint aussitôt drogman de la Porte. Depuis ce temps on prend toujours des Chrétiens pour cette fonction. Il est enterré dans le monastère Sainte-Marie : j’ai copié son épitaphe.

            Le jour suivant les Grecs célébrèrent en même temps leur Pentecôte et la fête de la Trinité. L’après-midi j’allai au monastère de la Trinité d’où l’on a un beau panorama et qui est situé en face du village d’Antigonè ; on voit aussi Constantinople et l’Asie. Dans l’église j’assistai aux vêpres. Dans le cimetière sont suspendues deux cloches, à vrai dire dans un cyprès : les moines ont pour office de les sonner. J’examinai aussi les manuscrits du lieu. Ils gisent dans une chambre misérable, couverts de poussière, dévorés par les vers, les blattes et les souris, fort gâtés aussi par l’humidité ; il me vint à l’esprit que depuis un siècle personne n’y avait touché, tant ils étaient couverts de poussière. Ces manuscrits sont tous grecs, au nombre d’environ 200, y compris ce qui se trouve ici d’imprimés de Venise, les livres d’église et de liturgie. Ils sont dans le plus complet désordre : ils gisent l’un sur l’autre et l’on ne peut les examiner sans désagrément ; on ne dispose pas non plus d’un catalogue. Je vis entre autres de grands in-folio contenant les Homélies de Chrysostome et d’autres Pères de l’Église. Dans un volume où se trouve le Nouveau Testament, je trouvai aussi l’Apocalypse de Jean, de belle écriture ; mais je n’y trouvai pas les Épîtres de Jean, non plus que les autres Épîtres catholiques. Je tombai ensuite sur un manuscrit in-octavo d’Homère, déchiré devant et derrière ; il y avait çà et là en marge des scholies écrites à l’encre rouge. Il ne fait pas de doute que l’on ne pourrait y faire une bonne récolte, si l’on avait le temps de fouiller dans le fatras, et un aide pour évacuer la poussière.

Texte allemand (traduit du suédois) : Briefe aus seinen ausländischen Reisen an den Königlichen Bibliothekar Carl Christof Gjörwell in Stockholm, aus dem Schwedischen übersetzt von C.H. Groskurd, t. 6, Leipzig-Rostock, 1783, p. 90-93.

Den 12. Junius reisete ich nach der Insel Chalki. Ich kam die Landspitze wo das Serail steht, und Chalcedonien, jetzt Kadikoi, vorbey. Der Wind war gut, und nach zwey Stunden waren wir zu Chalki. Dies ist die angenehmste von den Fürsteninseln, deren vier an der Zahl sind. Die erste, welche Konstantinopel am nächsten liegt, heißt Proti, die zweite Antigonia, die ein Dorf gleiches Namens hat ; die dritte ist Chalki ; die vierte Prinkipos, oder die Fürsteninsel. Außerdem sind hier noch drey bis vier andre kleine Inseln, welche aus bloßen Klippen bestehen, und zwischen Antigonia und Chalki liegen. Diese letztere hat ihren Namen vom Kupfer : sie heißt nämlich Χαλκῆ oder Χαλκίτης ; sie ist schön, und hat auf der Südseite einen Hafen, Namens Tschamlimeni, oder Tannenhafen, weil in der Gegend umher eine Menge Tannen stehen. Hier sind drey Klöster, nämlich zu Sanctgeorg, Sanctmarien oder Panagia, und zur heiligen Dreyfaltigkeit, wo sich griechische Handschriften finden.

            Am folgenden Tage des Morgens hörten wir in einem Kloster die Klocken läuten. Dies ist etwas seltnes in der Levante ; allein auf allen griechischen Inseln hat die Freyheit dazu Statt.

            An eben diesem Tage besuchte ich den alten griechischen Patriarchen Joanikias Karatzias, der im Jahr 1761 Patriarch zu Konstantinopel gewesen, aber vor mehreren Jahren abgesetzt ist, und sein Alter nunmehr auf dieser Insel zubringt. Man giebt ihm noch jetzt den Titel Seine Heiligkeit. Viel Kenntnisse besitzt er nicht. Er rühmte die Toleranz der Türken : während seine Regierung hat er sieben christliche Kirchen wieder aufgerichtet. Es ist sein Bruder, der mit dem türkischen Gesandten in Schweden gewesen ist : sein andrer Bruder ist titulairer Fürst von der Walachey. Als ich von ihm Abschied nahm, umarmte er mich und küßte mich auf die Stirn. Er hatte seine Brudertöchter bey sich : sie waren nach Gewohnheit der Griechinnen neugierig und nasweis.

            Darauf machte ich Bekanntschaft mit Herrn Emanuele Mako, welcher Logotheti oder Administrator der Güter und Einkünfte der Patriarchalkirche ist, und mit seiner Frau, einer Tochter des Titulairfürsten von der Walachey, ehemaligen ersten Dolmetschers der Pforte, und Bruders des Patriarchen Karatzia. Diese Dame rauchte Tobak, und schämte sich überhaupt nicht.

            Die Aussichten auf diesem Eyland sind reizend. Besonders hat das Marienkloster eine bezaubernde Lage. Der Weg dahin geht durch einen Tannenwald, welcher der Gegend viel Aehnlichkeit mit schwedischen Gegenden giebt : und nirgends habe ich mein Vaterland vollkommner wiedergefunden, als hier und in der Schweiz. Man sieht von hier Konstantinopel. Nahe beym Kloster ist das Grab eines englischen Ambassadeurs, Eduard Barton : des Leichenstein hat die Jahrzahl mdxcvii ; von der Grabschrift nahm ich eine Kopey.

            Des Abends beschenkte Herr Mako mich mit Panagiotes Leben. Dieser Mann war erster Drogman der Pforte, und der erste Christ, welcher dies Amt bekleidet hat. Er war ein edeldenkender und wohltätiger Mann. In seiner Jugend gab er einmahl eine Summe Geldes an einen unbekannten Armen : das war ein in Ungnade gefallner und Landes verwiesener Pascha, der auf einem Garten in Pera unbekannt und in der Stille lebte, und seinen Bedienten ausschickte, um seine Schnupftücher zu verkaufen, und für das Geld Brodt anzuschaffen. Panagiotes, welcher damals ein deutscher Jeune de langue war, gab dem Bedienten eine Hand voll Zechinen. Der Pascha wurde einige Wochen nachher Großvizir, und ließ Panagiotes durch seinen Bedienten aufsuchen, welcher sofort Drogman der Pforte wurde. Von dieser Zeit an nimmt man allzeit Christen zu dieser Stelle. Er liegt im Marienkloster begraben : seine Grabschrift habe ich abgeschrieben.  

            Den Tag darauf feyerten die Griechen ihre Pfingsten und ihr Dreyeinigkeitsfest auf einmahl. Nachmittags gieng ich ins Dreyfaltigkeitskloster, welches eine schöne Aussicht hat, und dem Dorfe Antigonia gegen über liegt ; man sieht hier auch Konstantinopel und Asien. In der Kirche wohnte ich dem Nachmittagsgottesdienste bey. Auf dem Kirchhofe hängen zwey Klocken, und zwar in einem Cypressbaume : die Mönche haben das Amt zu läuten. Ich besah auch die dasigen Manuscripte. Sie liegen in einer elenden Kammer, sind mit Staub bedeckt, von Würmern, Motten und Mäusen zerfressen, auch von der Feuchtigkeit sehr verdorben ; es kam mir vor, daß seit einem Jahrhunderte niemand sie angerührt hatte, so bestaubt waren sie. Diese Handschriften sind insgesamt griechisch, an der Zahl etwa zweyhundert, die hier befindlichen zu Venedig gedruckten Bücher, welche die Kirchen- und Agendenbücher sind, mit gerechnet. Sie sind in gar keiner Ordnung : eins liegt auf dem andern, und man kann sie nicht ohne Unbequemlichkeit durchsuchen ; auch ist gar kein Verzeichniß davon vorhanden. Unter andern sah ich große Follanten, die des heiligen Chrysostomus Homilien und andre Kirchenväter enthielten. Auch sind hier die Evangelien und Paulus Briefe. In einem Bande, worin das neue Testament steht, fand ich auch die Offenbarung Johannes, schön geschrieben ; Johannes Episteln aber traf ich da nicht an ; auch nicht die übrigen katholischen Briefe. Ferner stieß mir eine Handschrift in Oktav von Homer auf : vorn und hinten war sie zerrissen ; hie und da waren Scholien mit rother Dinte beygeschrieben. Es ist kein Zweifel, daß man hier nicht eine gute Erndte sollte anstellen können, wenn man Zeit in dem Wuste zu wühlen, und einen Gehülfen, der den Staub wegschaufelte, hätte.

Texte suédois: Jac. Jon. Björnståhl, Resa til Frankrike, Italien, Sweitz, Tyskland, Holland, England, Turkiet, och Grekland…, femte delen, Stockholm, 1783, p. 62-65 (transcrit par Sofía Torallas Tovar):

D. 12 Jun. reste til Ön Chalki; passerade förbi Seraille-udden och Chalcedonien , nu för tiden Kadikoi ; vinden var god och efter 2 timmar voro vi vid Chalki, som är den angenämaste af Prints-Öarne, hvilka äro 4 til antalet. Den första, närmast til Constantinopel , kallas Proti; den andra Antigonia, hvarest är en stor By af samma namn; den tredje är Chalki, och den fjerde Prinkipos eller Prinsön. Desutom äro 3 a 4 andra små Öar, som blott äro Klippor, belägne imellan Antigonia och Chalki. Denne senare har sit namn af Kopparen , hvaraf här fordom varit Grufvor, däraf nämnes Ön Χαλκη eller χαλκίτης, är vacker; har en Hamn på södra sidan kallad Tschamlimeni eller Tallhamnen, såsom där fins en myckenhet af dessa Träden. Här äro 3 Kloster, neml. S:t Georgs , S:t Maria eller Panagia, och H. Treenighets, hvarest äro Grekiske MSCr.

D. 13 Jun. Denna morgon hörde Klockhorne ringa uti Klostren, fom är rart i Levanten; men på alla Grekiska öar få de nytja denna frihet. Gjorde besök hos den gamle Grekiske Patriarchen Ioannikias Caratzias, som varit Patriarch i Constantinople 1761. Han afsattes för flera är, och tilbringar nu fin ålderdom på denna Ö. Man ger honom än Titeln Hans Helighet; han äger ej stora insigter; han berömde Turkarne för deras Tolerance; han har under sin Styrelse-tid åter uprättat 7 Christna Kyrkor. Det är dennes bror, som var i Sverige med Turkiska Ambassadeuren; des andre bror är titulaire Prins af Wallachiet. Då jag tog afsked af honom, omfamnade han mig och kyste pannan. Hans Brorsdöttrar voro hos honom; de voro nyfikne och näsvise efter Grekinnornas plägsed. Gjorde sedan bekantskap med Mr Emanuele Mako, som är Logotheti eller Patriarchal-Kyrkans Sysloman; och med des Fru, Dotter til des titulaire prinsen af Wallachier, fordom Portens förste Drogman, och Patriarchen Caratzias Broder. Detta Fruntimer rökte Tobak, och var en oblyg Quinna. Utsigterne på denna Ö äro täcka; i synnerhet har S:t Mariæ Kloster en förtjusande belägenhet; man går dit genom en Tallskog, som ger stället mycken likhet med Sverige; och jag har aldrig bättre igenkänt mit Fädernesland än här och i Schveitz. Man ser härifran Constantinopel. Nära vid Kloster är en Engelsk Ambassadeurs graf, neml. Eduard Bartons. Stenen är uprest A:o MDXCVII. Des Epitaphium afcopierades. Οm aftonen begåfvade Hr Mako mig med Panagiotes Lesverne ; han var Portens Förste Drogman, och den förste Christen som beklädt detta ämbete ; var en ädelsint och välgörande Man. I fin ungdom gaf han en summa penningar åt en okänd fattig. Det var en disgracierad och exilerad Pascha, som lefde incognito i en Trägård i Pera, och som skickade ut sin Betjent at sälja sina Näsdukar för at köpa sig bröd. Panagiotes, som då var Tysk Jeune de Langue, gaf åt Drängen en hand full med Zequiner. Denne Pascha blef några veckor därefter Stor-Vizir, och sände sin Dräng at upsöka Panagiotes, som då blef Portens Drogman ; ifrån den tiden tar man altid Christna til denna syslan. Han är begrafven här i S:t Maria. Des Grafskrift copierades.

D. 14 Jun. Firade Grekerne sin Pingst och H. Treenighets-fest på en gång. E. m. gick up til H. Treenighets-Klostret, som har vacker utsigt, och är beläget midt emot Byn Antigonia. Här syns också Constantinopel och Asien. Jag bivistade i Kyrkan Aftonsången. På Gården äro 2 Klockor, uphängde i et Cypress-träd, och Munkarne äro Ringare. Jag gick at bese Manuscripter, som ligga i en usel Kammare, betäckte med dam, upätne af mask, mal och rättor, samt illa medsarne af fuktigheten. Jag tyckte at ingen rört vid dem åtminstone på et Seculum, så dammige voro de. Dessa Handskrifter äro allesammans Grekiske, omkring 200 ; de i Venedig trykte Böckerne, som här finnas, med inberäknade, hvilka äro Kyrko-Handböcker. Alla äro illa arrangerade, den ena på den andra, så at man ej beqvämlingen kan examinera dem ; icke eller fines Catalog öfver dem. Jag fåg stora Volumer in fol. Som innehålla St. Chrysostomi Homilier och andra Patres. Här åro ock Evangelierne och Pauli Epistolar. I en volume som innehöll N. Test. Såg jag Uppenb. boken vid slutet, väl skrifvnen ; men fann ej där Ioannis Epistlar, ej eller de öfrige Epist. Catholicae. Där var ock en Homerus Mser. i 8vo, sönderrifven vid början och slutet; här och där voro Scholier med rödt bläck. Ej är tvifvelsmål, det ju här vore en god skörd at göra, om man hade tid at gräfna och någon til hjelp at skofla bort stoftet.