Busbecq, Augier Ghislain de (1561)

Busbecq

Août-octobre 1561

Né en 1522 à Bousbecque, ce Flamand francophone est le fils naturel – légitimé – du seigneur du lieu. Après une formation poussée dans les humanités à Louvain et à Paris, il entre vers 1552 au service de Ferdinand de Habsbourg, roi, puis empereur des Romains. Il est envoyé à deux reprises en ambassade à Constantinople (1554-1555, 1555-1562) où il séjourne, souvent en captivité, dans le contexte du conflit entre Ferdinand et Soliman le Magnifique dont l’enjeu est la domination de la Hongrie. Après son retour à Vienne il est nommé bibliothécaire de la Bibliothèque impériale à laquelle il offre les quelque deux cent soixante manuscrits qu’il avait rapportés de Constantinople.

Ses quatre Lettres turques furent éditées à partir de 1581 en suscitant un grand intérêt. Dans la quatrième Lettre, il fait état de son séjour de trois mois (août-octobre 1561) sur l’île de Prinkipo qui fut pour lui un lieu de retraite quasi imposée par le pouvoir ottoman. C’est là qu’il fit connaissance avec le métropolite Métrophane, futur patriarche, alors higoumène du monastère de la Sainte-Trinité de Chalki.

Busbecq est mort en 1592 près de Paris.

Texte français : Ogier Ghiselin Busbecq, Les Lettres turques, Paris, 2010, trad. D. Arrighi, p. 296, 304-305.

L’île qui s’appelle Prinkipo, me sembla particulièrement appropriée pour ma retraite ; elle est éloignée de la ville par quatre heures de navigation. C’est à peu de choses près la plus agréable des nombreuses petites îles qu’on trouve dans les plus proches parages de Constantinople. Car les autres ne comptent qu’un village ou pas du tout tandis que celle-ci en a deux. […]

Pendant que je séjournais sur ces îles, j’ai fait la connaissance du métropolite Métrophane, qui dirige le monastère de Chalcis, une de ces îles ; c’est un homme poli et très instruit ; il est très attaché à la réunion des églises latines et grecques contrairement à l’opinion répandue dans le reste de son peuple, qui en général se détourne des hommes de notre religion parce qu’ils les jugent impurs et impies. Tant il est vrai que chaque homme préfère sa manière de vivre… C’est ainsi que mon séjour à la campagne est prolongé pendant un troisième mois, et après seulement je retournai à Constantinople, quand je le décidai, sans que personne ne m’y rappelle.

Texte latin : A. Gistenii Busbequii, Omnia quae extant, Leyde, 1633, p. 298, 306-307.

Secessui visa est aptissima insula quam vocant Principo, quatuor horarum navigatione ab urbe distans. Ea fere amoenissima est complurium minutarum insularum, quae Constantinopoli proxime subsunt. Nam aliae singulos, aut nullos habent pagos, haec duobus habitatur. […]

Fuit mihi dum in illis insulis vixi, notitia cum Metrophane Metropolita, qui coenobio in Chalki, una istarum insularum praeest, viro humano et non indocto, concordiae inter Latinam et Graecam Ecclesias percupido, praeter consuetudinem reliquae gentis, quae fere nostrae religionis homines ut impuros et profanos aversatur. Adeo suus cuique mos placet… Ita in tertium mensem mea rusticatio extenditur, ac tum demum cum est visum, nullo revocante in urbem me refero.