Hunt, Philip (1800)

Memoirs Relating to European and Asiatic Turkey

1800

Le révérend Philip Hunt (1772-1838) accompagne en tant que chapelain (avec W.R. Hamilton, premier secrétaire, J.P. Morier, second secrétaire, et J.D. Carlyle, professeur d’arabe à Cambridge) Thomas Bruce, 7e comte d’Elgin, ambassadeur du Royaume Uni auprès de la Sublime Porte de 1799 à 1803. Au cours de leur séjour à Constantinople, Hunt et Carlyle, qui avaient pour mission la recherche de manuscrits grecs et orientaux dans les bibliothèques de l’Empire, ont visité l’ensemble des monastères des Îles des Princes. Les ouvrages acquis durant ce voyage se trouvent actuellement dans le fonds de la Lambeth Palace Library de Londres.

Texte français : Jean-Pierre Grélois

L’opinion a longtemps prévalu que les bibliothèques dans les palais du Grand Seigneur et la ville de Constantinople contenaient certains manuscrits grecs de valeur qui avaient échappé aux destructions provoquées par les Turcs en 1453. Les mosquées impériales, en particulier Sainte-Sophie, les bibliothèques des patriarches de l’Église orientale et des monastères grecs du Levant auraient aussi contenu de nombreux textes inédits. Cette croyance générale en l’existence en Turquie de trésors littéraires encore inconnus amena le gouvernement anglais à désigner une personne compétente en littérature classique, biblique et orientale, pour accompagner l’ambassade du comte d’Elgin auprès de la Porte ottomane en 1799. Le projet eut pour origine M. Pitt et l’évêque de Lincoln qui pensaient qu’une ambassade, envoyée à un moment où la Grande Bretagne était dans les termes les plus amicaux avec la Porte, procurerait de grandes facilités pour vérifier dans quelle mesure étaient fondés ces espoirs de découvertes littéraires. Ils avaient toute confiance que l’influence de l’ambassadeur obtiendrait la permission au moins de transcrire, sinon d’acquérir tout ouvrage inédit qui pourrait être trouvé.

Le Rév. M. Carlyle, professeur d’arabe à l’université de Cambridge, fut choisi pour accomplir ce service, et ce choix donne un grand crédit au jugement de ceux qui eurent recours à une personne aussi qualifiée pour cette tâche. Durant notre séjour à Constantinople, M. Carlyle et moi-même visitâmes tous les monastères de moines grecs, ou caloyers, sur les îles des Princes dans la mer de Marmara. Leurs noms sont Prigkipos, Chalkè, Prôtè, Antigonè, Oxeia, Plateia. Dans leurs bibliothèques les manuscrits ne comptaient pas un seul fragment classique, mais il y avait de nombreux exemplaires sur papier ou vélin de diverses parties du Nouveau Testament, apparemment copiés vers les XIe, XIIe et XIIIe siècles. Nous en achetâmes les plus beaux aux moines, qui usent de livres imprimés pour le service de l’église et qui accordent peu de valeur à leurs manuscrits anciens. Ils sont maintenant déposés dans la bibliothèque de l’archevêque de Cantorbéry à Lambeth.

Dans la maison collégiale appartenant au patriarche grec de Jérusalem, qui réside à Constantinople , nous avons trouvé une bibliothèque bien fournie, comprenant un nombre considérable de manuscrits pour la plupart consacrés à des sujets touchant à la théologie et à l’histoire ecclésiastique, mais aucun de très haute antiquité. Il y avait aussi quelques fragments détachés de certains des classiques grecs. Le patriarche usa envers nous de la plus grande libéralité, non seulement en envoyant l’un de ses chapelains pour nous aider à dresser un catalogue de la bibliothèque, mais en nous permettant aussi de prendre tout manuscrit que nous désirerions envoyer en Angleterre pour y être examiné et collationné. Ceux que nous jugeâmes intéressants ou curieux furent expédiés à Londres, avec ceux obtenus aux îles des Princes, et ils sont maintenant dans la bibliothèque archiépiscopale de Lambeth.

Nous eûmes à surmonter quelques difficultés à obtenir accès aux pièces rattachées à la mosquée Sainte-Sophie, aux bibliothèques du Sérail et à celles appartenant aux écoles, mosquées et collèges de derviches de Constantinople. L’influence de Lord Elgin finit par prévaloir, mais il n’y avait dans aucune de ces vastes collections de livres le moindre fragment classique d’un auteur grec ou latin, ni en original, ni en traduction. Les volumes étaient en arabe, persan ou turc, et M. Carlyle dressa de tous des catalogues exacts.

Il résulta de nos travaux antérieurs à notre départ définitif de Constantinople que nous examinâmes chaque bibliothèque à nous accessible qui fût susceptible de contenir quelque manuscrit de valeur, et que nous envoyâmes à Londres 27 codices de diverses parties du Nouveau Testament, plus une version arabe et une version persane. Outre ceux-là, M. Carlyle procura un certain nombre de manuscrits orientaux touchant à l’histoire et à la poésie : depuis son décès ils ont été achetés par l’East India Company. L’une de ses principales recherches était de collecter des documents authentiques pour une histoire complète des Croisades, et il envisageait aussi de donner une nouvelle version des Mille et une nuits.

La santé de M. Carlyle avait tant souffert durant son séjour en Turquie qu’il ne voulut pas s’aventurer seul dans un voyage en Macédoine, dans le but d’examiner les bibliothèques des couvents grecs de la péninsule athonite. C’est pourquoi il demanda à Lord Elgin de m’autoriser à l’accompagner. Nous préférâmes aller par mer, afin d’avoir une occasion de visiter la plaine de Troie et les îles de Ténédos et de Lèmnos. Nous nous munîmes d’un firman, ou permission officielle de la Porte pour voyager en Asie Mineure et en Grèce, et une lettre de recommandation du patriarche grec au conseil des représentants qui gouverne la communauté religieuse du Mont-Athos. Les armoiries sur le sceau étaient un aigle aux ailes étendues et une couronne impériale ; un sceptre et les clefs de saint Pierre avec le nom du patriarche, Néophytos, patriarche de Constantinople.

Le 3 mars 1810 nous quittâmes Constantinople.

 

Texte anglais : R. Walpole (ed.), Memoirs Relating to the European and Asiatic Turkey, Londres, 1817, p. 84-87.

An opinion had been prevalent that the libraries in the palaces of the Grand Seignior, and in the city of Constantinople, contained some valuable Greek manuscripts which had escaped the destruction occasioned by the Turks in the year 1453. The imperial mosques there, particularly that of Saint Sophia, the libraries of the Patriarchs of the Eastern church, and of the Greek monasteries in the Levant, were also supposed to contain many curious inedited writings. This general belief of the existence of unexplored literary treasures in Turkey induced the English government to appoint a person well versed in classical, biblical, and oriental literature, to accompany the Earl of Elgin’s embasy to the Ottoman Porte in the year 1799. The plan originated with Mr. Pitt and the Bishop of Lincoln, who thought that an embasy sent at time when Great Britain was on the most friendly terms with the Porte, would afford great facilities for ascertaining how far these hopes of literary discovery were well founded. They trusted that the ambassador’s influence would obtain permission for the transcription at least, if not for the acquisition of any unpublished work that might be found.

The Rev. Mr. Carlyle, Professor of Arabic in the University of Cambridge, was prevailed upon to engage in this service ; and the choice reflects great credit on the judgement of those who applied to a person so peculiarly qualified for the task. During our residence at Constantinople, Mr. Carlyle and myself visited all the monasteries of the Greek monks, or Caloyers, on the Princes’ islands, in the sea of Marmora. Their names are Prinkipo, Chalke, Prote, Antigone, Oxya, Platya. The manuscripts in their libraries did not contain a single classical fragment ; but there were many copies on paper and vellum of different parts of the New Testament, written apparently about the 11th, 12th and  13th centuries;  the most beautiful of these we bought from the monks, who use printed books in the service of the church, and attach little value to their ancient manuscripts. These are now deposited in the Archbishop of Canterbury’s library at Lambeth.

In the collegiate-house belonging to the Greek Patriarch of Jerusalem, who resides at Constantinople, we found a very well furnished library, including a considerable number of manuscripts, the greater part of them on subjects connected with theology and ecclesiastical history ; but none of them of very high antiquity. There were also a few detached fragments of some of the Greek classics. The Patriarch behaved to us with the utmost liberality, not only sending one of this chaplains to assist us in making a catalogue of the library, but allowing us to take any of the manuscripts we might wish to send to England for the purpose of being examined and collated. Such as we thought interesting or curious were forwarded to London, along with those procured from the Princes’islands ; and they are now in the archiepiscopal library at Lambeth.

We had some difficulties to overcome before admission could be obtained into the rooms attached to the mosque of Saint Sophia, the [86] libraries in the Seraglio, and those belonging to the schools, mosques, and colleges of Dervises at Constantinople. The influence of Lord Elgin at lenght prevailed ; but in none of those vast collections of books was there a single classical fragment of a Greek or Latin author, either original or translated. The volumes were in Arabic, Persian, or Turkish : and of all of them Mr. Carlyle took exact catalogues.

The result of our labours previous to his taking a final leave of Constantinople was, that we examined every library within our reach which was likely to contain any valuable manuscript ; and that we sent to London twenty-seven codices of different parts of the New Testament, besides an Arabic and a Persian version. In addition to these Mr. Carlyle procured a number of oriental manuscripts relating to history and poetry ; these since his decease, have been puchased by the East India Company. It was among his favorite pursuits to collect authentic documents for a complete history of the Crusades ; and he also had it in contemplation to give a new version of the « Thousand and one Nights ».

Mr. Carlyle’s health had suffered so much during his residence in Turkey, that he would not venture alone upon a journey to Macedonia, in order to examine the libraries of the Greek convents on the peninsula of Athos ; he requested, therefore, that Lord Elgin would allow me to accompany him. We preffered going by sea, as we might thus have an opportunity of visiting the plain of Troy, and the islands of Tenedos and Lemnos. We procured a firman or official permission from the Porte travelling in Asia Minor and Greece, and a recommendatory letter from the Greek Patriarch to the Council of Deputies, who govern the religious community at Mount Athos. The arms on the seal were a spread eagle and imperial crown ; a sceptre and the keys of St. Peter with Patriarch’s name, neophytus, Patriarch of Constantinople.

On the 3d of March, 1801, we quitted Constantinople.