Isambert, Émile (avant 1861)

Avant 1861

Le Dr Émile Isambert (1827-1878), professeur agrégé à l’École de médecine de Paris et membre de la Société de géographie, a publié la première édition de ce Guide, co-signé avec Adolphe Joanne, en 1861. Le texte contient tant les informations recueillies par les auteurs sur place que des renseignements tirés d’ouvrages plus anciens ou de spécialistes (archéologues, géographies, linguistes) qui avaient travaillé sur les régions décrites dans le guide. L’ouvrage a été réédité avec quelques ajouts en 1881.

Texte français: Émile Isambert, Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l’Orient, première partie, Grèce et Turquie d’Europe, collection des Guides-Joanne, Librairie Hachette, Paris 1861, p. 403-404.

Les îles Princes, appelées par les anciens Démonési, sont un groupe d’îles situées à l’entrée du Bosphore de Thrace, au S.E. de Constantinople. On les nommait aussi Papadanisia, c’est-à-dire îles des Prêtres, en turc Papaz-Adassi, à cause des fondations pieuses faites par les princesses grecques de la famille impériale qui gardaient le célibat, et enfin îles des Princes, parce qu’elles servaient de lieu de plaisance aux princes du Bas-Empire. Elles sont au nombre de quatre principales, entourées d’autres petits îlots.

            Proti, la première, appelée Tinaki [sic] par les Turcs, n’est pas cultivée.

            Antigoni, formée de rochers, est presque aussi stérile que Proti. À 1 mille plus loin se trouve

            Khalki, autrefois Khalkitis, appelée ainsi à cause d’une mine de cuivre renommée : elle possède trois grands monastères, dont un (la Trinité) abrite la grande école de théologie ; un autre (la Panaghia) l’école de commerce grecque. Khalki possède aussi le collège naval ottoman. L’aspect pittoresque et la douceur du climat en font un délicieux séjour, que les Grecs riches viennent habiter. On y remarque le tombeau de sir Edouard Barton, le premier ambassadeur anglais envoyé à Constantinople par la reine Élisabeth, et celui de Panajoti, qui fonda la puissance des Phanariotes au xviie s.

            Prinkipo est la plus grande des îles de ce groupe et la plus éloignée vers le golfe de Nicomédie. Elle a 8 milles de tour, et surpasse en hauteur toutes les îles circonvoisines. C’est aussi la plus peuplée et la mieux cultivée. On y voit plusieurs couvents dans une belle situation. C’est à Prinkipo que fut reléguée l’impératrice Irène, détrônée par Nicéphore au moment où elle projetait de s’unir avec Charlemagne. Le tombeau d’Irène à Prinkipo fut le seul que les Croisés respectèrent.

            Le bourg de Prinkipo est bâti sur une berge élevée. Des sentiers rapides, bordés de rampes de bois, montent de la mer aux maisons. De tous côtés, le rivage est bordé de cabinets de bain. Le soir, l’espace compris entre les maisons et la berge sert de lieu de réunion aux dames arméniennes et grecques, qui viennent s’y asseoir en grande toilette, en cheveux, et décolletées. Tous les cafés ont des terrasses sur la mer. Prinkipo a deux bons hôtels : ce qui, joint à sa situation, le rend très-propre à servir de point de départ pour les excursions qu’on voudrait faire dans les autres îles.

            À une certaine distance du v[illage], vers le S.O., est un ancien couvent grec consacré à saint Georges, qui sert maintenant d’hôpital pour les fous. La situation de ce couvent est admirable. Il s’élève sur un soubassement de rochers, d’où l’on domine la mer et les collines de l’île.

            Les environs, couverts d’une riche végétation de myrtes et de térébinthes, présentent plusieurs sites d’un aspect très-sauvage.

            À Prinkipo, comme dans les autres îles de ce groupe, l’air est d’une douceur et d’une pureté extrêmes. Cet avantage, joint à la commodité qu’offre la côte pour prendre des bains, rend le séjour de cette île délicieux, surtout au commencement du printemps et de l’automne. Elle est très fréquentée par les Français établis à Constantinople. Un service régulier de bateaux à vapeur la met en communication journalière avec la capitale.