Lubenau, Reinhold (1588)

4 juillet 1588 (Antirovithe)

12 juillet 1588 (navigation au large des îles des Princes en allant à Nicomédie)

25 septembre 1588 (passage en bateau)

Né à Königsberg, Reinhold Lubenau (1556-1631) quitte sa ville natale en 1573 pour voyager en Europe. Le 21 janvier 1587 il part de Vienne pour se rendre à Constantinople comme apothicaire de l’ambassadeur impérial Bartholomaeus Petzen.

Selon son récit, Lubenau s’est rendu une seule fois aux Îles des Princes, le 4 juillet 1588, sur une petite île déserte, en compagnie de l’ambassadeur anglais Edward Burton. Puis, à deux reprises, il dit avoir navigué au large de ces îles : une première le 12 juillet de cette même année, en allant vers Nicomédie ; enfin, le 25 septembre 1588, quand il quitte l’ambassadeur Petzen et entame un tour de la Méditerranée à bord d’un navire de la flotte ottomane. Ce voyage commence par le périple des Îles des Princes et, à cette occasion, Lubenau donne une liste de tous les poissons que l’on peut y déguster, ainsi que de l’ensemble de ces îles, de manière assez confuse dans leurs noms. Pour ce qui concerne Chalki, il fait mention d’un « beau monastère ».

Lubenau rentre en Allemagne en 1589, mais son récit ne sera publié que longtemps après, dans un manuscrit daté de 1628.

Texte français: (traduit par Jean-Pierre Grélois)

Le 4 juillet 1588 nous avons embarqué au nom de Dieu dans une grande perme à 3 bancs avec 6 avirons, tôt le matin, et nous avons quitté terre par vent moyen et aussi à la rame. A 10 heures nous arrivâmes à une île déserte […] Nous l’avons trouvée pleine de lapins, ce pourquoi nous l’avons aussi nommée l’île des Lapins. Elle se trouve non loin d’une autre île où pousse en abondance le romarin, qui s’appelle maintenant l’île du Romarin. Nous vîmes aussi l’île de Marmara à droite et les grandes îles des Princes à gauche, lesquelles ont chacune leur nom, dont je traiterai plus longuement et plus complètement lors de mon dernier départ de Constantinople.

Dans cette île il n’y a rien d’autre à voir qu’un très vaste bâtiment ancien écroulé, qui fut jadis un monastère, sans doute. Nous avons trouvé des voûtes magnifiquement grandes sous terre. Nous trouvâmes en haut d’une colline un escalier de pierre. Nous le descendîmes et arrivâmes dans une grande chapelle, assez semblable à une grande église se dressant sous terre sur quelques colonnes, pourtant assez sombre. Nous y trouvâmes quelques lapins que nous aurions pu abattre, mais parce que les Turcs n’en mangent pas, nous les laissâmes en paix, car nous devions nous méfier du mauvais sort. Après avoir visité cette île selon nos besoins et comme il faisait très chaud, nous allâmes sous la vieille voûte et prîmes notre repas. [...]

Le 12 juillet [1588] nous bénéficiâmes d’assez de vent et nous ramâmes pour l’accompagner, de sorte que nous progressâmes bien. Nous navigâmes le long des îles Cyanées (sic) que l’on appelle maintenant des Princes et arrivâmes dans le golfe de Nicomédie aussi appelé A[na]stacenus. [...]

L’an 1588, le 25 septembre, le kapudan paşa Hasan a rassemblé toutes les galères. Les galères descendirent ainsi dans la Propontide dans l’ordre de bataille décrit plus haut et, après avoir hissé ces [voiles], nous partîmes par bon vent, mais les esclaves, ou captifs chrétiens, durent ramer pour l’accompagner. Nous laissâmes les îles des Princes, aussi appelées Dèmonèsoi, qui sont situées à proximité du golfe de Nicomédie, que l’on a toujours en vue depuis Constantinople, où l’on va souvent en promenade parce qu’il se trouve dans certaines une abondance de fruits et que la pêche y est belle. Il y a dans l’une, que l’on appelle particulièrement Prinkipos, en grec Prôtè (sic), deux villages habités par des Grecs qui sont pêcheurs pour la plupart… Parmi d’autres de ces îles qui sont inhabitées, il en est une où je suis allé une fois avec M. Edward Barton ainsi que d’autres marchands anglais. L’une est appelée par les Grecs Prôtè, la deuxième Burgaz, la troisième île du Corbeau, la quatrième Chalkè où se trouve un beau monastère, la cinquième l’île des Lapins parce qu’il s’y en trouve beaucoup : je l’ai déjà mentionnée dans mon voyage en Asie Mineure. La sixième l’île du Romarin parce qu’il en pousse du sauvage en grande quantité. La septième île du Pape, la huitième l’île Rouge, la neuvième l’île des Lapins, et une petite est encore située à proximité, l’île Sainte-Marie.

Texte allemand: W. Sahm (éd.), Beschreibung der Reisen des Reinhold Lubenau, t. II.1, Königsberg, 1915, p. 71, 95, 129-130.

Den 4. Julij anno 1588 seindt wihr im Nahmen Gottes in eine grose Perma von dreyen Bancken mitt 6 Rudeln des Morgens frue imbrachiret und mit halbem Winde, wie auch mitt Rudeln, vom Lande abgefahren ; umb 10 Uhr zu einer öden Insel kommen […] Diese funden wier voller Caninchen, derwegen wier sie auch die Canincheninsel genandt, und leidt nicht weidt davon eine andere Insel, welche voller Rosmarin wechst, so itzo die Rosmarininsel genandt. Wier sahen auch die Insel-Marmora zur Rechten und die grosen Fursten-Inseln zur Linken, welche sonst mehrentheil sonderbare nahmen haben, derer ich in meiner Schiffart von Constantinopel aus mit mehren und ausführlicher gedencken werde.

In dieser Insel ist nichts mehr zu sehen, als ein groses weitleuftiges, altes, zurfallenes Gebeude, das vorzeitten ein Kloster, sonder Zweifel, gewesen, und haben trefliche, grose Gewelber unter der Erden gefunden ; auf einem Berge in der Hohe funden wier eine steinerne Stigen ; dieselbe gingen wier hinab und kamen in eine grose Capellen, einer zimlichen Kirchen ehnlich, auf etliche Caninchen drein, welche wier wol hatten erschlagen konne ; weil aber die Turcken keine essen, lissens wier bleiben ; den wier diese Insel nach Nohturft besehne und es sehr heis wahr, gingen wier in der alten Gewelben eines, und hilten Malzeit. [...]

Den 12 Julij bekamen wier zimlich Windt und ruderten daneben, also, das wier wol fort kamen. Schiffeten neben den Insulis Cianeis, so man itzo Principi oder Principio nennet, hin, und kamen in den Golfum de Nicomedia, so auch Anastacenus genant. [...]

Anno 1588, den 25 Septembris, hatt der General Gassa Hassam alle Galleen zusamengefordert und nachdem sie dieselben in die Hohe bracht, fuhren wir alle mit guttem Winde davon, doch musten die Sclaven oder gefangene Christen daneben rudern. Wier verlissen die insulas Principi oder Principio, welche auch Demonesi genandt worden, und nahe bei dem Sinu Nicomediano gelegen, die man von Constantinopel allezeit im Gesicht hatt, auch oft hinspazieren gefahren, weil es viel Obs in etlichen hatt und schone Fischereien gibt, auch sonsten ein lustiger Ohrt. Es hatt in der einen, so man insonderheit Principio nennet, grichisch Proto, zwei Dorfer mit Grichen bewohnet, so mehrentheils Fischer… Unter andern derselben Inseln, so unbewohnet, ist eine, da ich einsmahls mitt dem Herren Eduardo Barton nebenst anderen englischen Kaufleutten wahr hingefahren. Eine wirdt von der Grichen Proto genandt ; die ander Bergus, die dritte Insula del Corbo, die virdte Chalcis, darein es ein schon Kloster hatt, die funfte die Kannincheninsel, weil es derselben vil drein hatt und ich derselben schon in meiner asiatischen Reise gedacht. Die sechste die Rosmarineninsel, welche hauffenweise wild in derselben wachsen. Die sibende insula Papae, die achte insula Ruffa [Russa ?], die neuende insula Lapinorum, und leidt noch eine kleine dabei : insula S. Mariae.