Pardoe, Julia (1836-1839)

Entre 1836 et 1839

Fille d’un militaire de carrière, Julia Sophia Pardoe naît dans le Yorkshire en 1806 et commence très jeune une activité littéraire. En raison de sa santé fragile, sa famille l’emmène au Portugal. En 1836, elle voyage avec son père à Constantinople, séjour qui donne lieu à plusieurs publications dont The Beauties of the Bosphorus, texte riche de ses nombreuses observations sur la vie et l’architecture dans la capitale ottomane. Elle se rend ensuite en Autriche-Hongrie. Ses ouvrages inspirés de ces voyages connaissent un grand succès, mais, affaiblie par la surcharge de travail et des ennuis de santé, elle revient vivre en Angleterre. Elle meurt à Londres en 1862.

Texte français : Jean-Pierre Grélois

Au loin, au milieu de l’agitation des vagues, se trouve l’archipel des îles auparavant appelées Démonessia […] (depuis lors changées en îles des Princesses), à 9 milles environ de Constantinople, à quelques coups de rame de la côte asiatique. Parmi elles quatre sont extrêmement fertiles et habitées en partie. La plus proche d’Istanbul est Prôtè qui doit son nom à sa situation, étant la première que l’on approche en venant du Bosphore. Elle fait environ 3 milles en étendue et c’est un lieu de séjour favori pour les Grecs du Phanar, dont de nombreux passent les mois d’été dans son agréable vallon situé entre deux pentes plutôt abruptes. Un petit village est bâti du côté est de l’île et, sur l’une des hauteurs, se dresse un monastère dont la silhouette estompée paraît froide et nue contre l’horizon, sans un seul arbre pour adoucir ses rigides contours […].

La deuxième île de l’archipel est connue comme Platée, du fait qu’elle est désespérément plate, bien que de nombreux Francs l’appellent, en négligeant son ancien nom grec, l’île des Mouettes, à cause du nombre immense de ces oiseaux que l’on y trouve, nourrissant leurs petits avec les plantes marines qui la couvrent en masse, sans être dérangés par le voisinage d’une ville active et populeuse.

L’île suivante, Oxie, est la plus haute de toutes. Elle est entourée d’à-pics abrupts et anfractueux qui la rendent extrêmement pittoresque vue de la mer, en particulier du côté est où la courbure du rivage forme une jolie baie, dans un magnifique cadre de grands rochers déchiquetés. Il subsiste sur cette île de très intéressants et curieux vestiges des citernes qui alimentaient jadis en eau l’ensemble de l’archipel, car les sources d’eau fraîche sont rares sur toutes les autres îles. Deux citernes subsistent presque intactes, et l’eau qu’elles contiennent est claire et pure. Les ruines de divers édifices sont apparentes aussi dans de nombreux endroits escarpés des îles : on trouve de tous côtés des murs de briques plates liées avec un mortier de chaux et de tuileau, et nombreuses sont de tous côtés les petites citernes. […]

L’île suivante est Pite. Elle est petite et ne présente que de faibles restes de l’abondance de pins qui, assure-t-on, la recouvrait jadis. Du reste elle ne possède pas le moindre objet d’intérêt pour en compenser la perte. Au contraire Antigone, l’ancienne Panormos, un mille au-delà, s’enorgueillit de ses vignes et de ses villages, de son monastère qui couronne une éminence dominant l’île tout entière, de la présence de l’exilé lettré et illustre, Konstantios, archevêque du Mont-Sinaï et ex-patriarche de Constantinople […].

D’Antigone le voyageur continue vers Chalki, peut-être la petite île la plus intéressante de l’archipel, du fait qu’elle abonde en spath et que des vestiges de mine sont toujours visibles, ainsi que des amoncellements de déblais rejetés des galeries il y a des siècles. À Chalki se dresse le monastère de la Trinité, probablement nommé ainsi de ce qu’il occupe l’une des trois éminences [sic] qui rendent remarquable l’île. Il était jadis de très grandes dimensions, mais il fut à peu près détruit par le feu. Cependant, l’aile qui comprend la chapelle est toujours intacte. Son porche est un objet de grande curiosité pour les voyageurs, du fait qu’il contient une extraordinaire et quelque peu grotesque représentation du Jugement Dernier. Sur une autre éminence se dresse un autre monastère offrant de magnifiques vues sur le paysage environnant, dans le cadre d’arbousiers, de cistes, de myrtes et de pins pignons où se niche le monastère.

Le premier ambassadeur britannique permanent auprès de la Cour ottomane se retira sur cette île, afin de restaurer sa santé qui avait souffert du climat, et il finit par y mourir. Sa tombe est maintenant détruite et la pierre de l’épitaphe est incorporée couchée sur le côté dans le mur qui surmonte la porte d’entrée du monastère, dont on ne peut l’enlever sans un firman impérial.

Quatre majestueuses rangées de cyprès, se déployant en descendant vers le rivage, mènent vers un splendide palais appartenant auparavant au prince Mavrogénès […] ; mais c’est maintenant un lieu de séjour favori pour le Sultan […].

Vient ensuite Prinkipo, célèbre pour les cruautés et l’exil qui s’ensuivit d’Irène, l’épouse de Flavius Léon, elle qui donna à l’île son nom. Celle-ci est la plus grande et la plus peuplée de l’archipel. La localité établie sur son rivage est contient plus de 300 habitants. Son pourtout fait environ 8 milles et il subsiste les vestiges d’un monastère qu’occupait jadis une communauté de cinquante nonnes. Un monastère en état de délabrement, dédié à la Transfiguration et occupé maintenant par un moine solitaire, devenu gris par l’âge, se tient au sommet de l’une des éminences, tandis qu’un autre, qui couronne la plus haute colline de l’île et est dédié à saint Georges, est célèbre pour sa sainteté et très fréquenté par les Grecs.

Les deux îles restantes de Néandre et Antirovithe ne sont que des rochers, totalement inhabités et seulement visités à l’occasion pour la chasse, car elles abondent en gibier à plume marin et en lapins.

Texte anglais: Miss [J.] Pardoe, The Beauties of the Bosphorus, London [1839], p. 122-124.

Away, amid the heaving waves, lies the archipelago of islands formerly called Demonesia […] (since modified into the Princess’ Islands), lying about nine miles from Constantinople, within a short row of the Asian coast. Of these, four are extremely fertile, and partially inhabited ; the nearest to Stamboul is Prôté, so called from its situation, it being the first approached from the Bosphorus. It is about three miles in extent ; and is a favourite resort with the Greeks of the Fanar, many of them spend the summer months in its pleasant valley, situated between two rather abrupt acclivities. A small village is built on the east side of the island ; and on one of the heights stands a monastery, looming out cold and bare against the horizon, without a tree to soften down its rigid outline […].

The second of the group is known as “Platé,” from its being a dead flat ; though many of the Franks, disregarding the ancient Greek name, call it “Gull Island,” from the immense number of those birds which are to be found there, feeding on the clustering marine plants by which it is covered, and rearing their young, undisturbed by the vicinity of a busy and crowded city.

The next island, Oxea, is the highest of the whole, and is surrounded by steep and rugged precipices, which render it extremely picturesque from the water; particularly on the eastern side, where the eastern side, where the bend of the shore forms a fine bay, beautifully framed in by tall and jagged rocks. On this island still exist some very interesting and curious remains of the reservoirs which formerly supplied the whole archipelago with water ; fresh spring being rare on any of the other islands. Two of them remain almost perfect, and the water which they contain is clear and pure. The ruins of various edifices are also apparent in many of the precipitous portions of the islands : walls of bricks made flat, and cemented together with lime and powered tiles, are to be found on all sides, and small water-cisterns are numerous in every direction. […]

The next island is Pitya. It is small, and boasts but slight remnants of the abundance of pine wood which it is stated to have been once covered ; possessing, moreover, no single object of interest to compensate for the loss ; while Antigone, the ancient Panormus, about a mile beyond, boasts its vineyards and its villages, its monastery crowning an eminence which dominates the whole island ; and the presence of the learned and illustrious exile, Constantius, Archbishop of Mount Sinai, and ex-Patriarch of Constantinople […].

From Antigone the traveller proceeds to Chalki, perhaps the most interesting islet of the group, from the fact that its abounds with spars, and that remains of mines are still perceptible, as well as piles of the waste flung from the shafts centuries ago. At Chalki stands the monastery of the Trinity, probably so named from the fact that it occupies one of the three headlands for which the island is remarkable. It was once very extensive, but was nearly destroyed by fire ; the wing containing the chapel is, however, still perfect, and its porch is an object of great curiosity to travellers, from the fact of its containing an extraordinary and somewhat grotesque representation of the Last Day. On a second height stands another convent, commanding glorious views of the surrounding landscape, and fringed with arbutus, cistus, myrtle, and pine trees, among which the convent is embosomed.

The first resident British Ambassador at the Ottoman Court retired to this island in order to recruit his health, which had suffered from the climate, and ultimately died here. His tomb is now destroyed, and the inscription-stone is inserted sideways in the wall above the entrance gate of the monastery, whence it cannot be removed without an Imperial firman.

Four noble lines of cypress trees, sweeping downward to the shore, lead to a splendid palace, formerly belonging to Prince Mavroyeni […] ; but it is now a favourite resort of the Sultan […].

Next come Prinkipo, celebrated for the cruelties and subsequent exile of Irene, the widow of Flavius Leo, who gave its name to the island, which is the largest and most populous of the group. The town, seated on its eastern shore, contains upwards of three hundred inhabitants ; its circumference is about eight miles, and the remains of a convent still exist, which was formerly tenanted by a sisterhood of fifty nuns. A monastery in a state of dilapidation, dedicated to the Transfiguration, and now occupied by a solitary monk, gray with age, stands on the summit on one of the heights ; while another, crowning the loftiest hill on the island, and inscribed to St. George, is celebrated for its sanctity, and much frequented by the Greeks.

The two remaining islands of Neandros and Antirovithi are mere rocks, wholly uninabited, and only occasionally visited for the purpose of sport, as they abound with sea-fowl and rabbits.