Spon, Jacob (1675)

Jacob Spon

16 octobre 1675

Né à Lyon en 1647 dans une famille de commerçants d’origine allemande, Jacob Spon est fils de Charles Spon, médecin qui reçoit le titre honorifique de médecin du roi. Après des études d’histoire à Strasbourg, où il se lie d’amitié avec Charles Patin, médecin latiniste passionné de numismatique, puis de médecine à Paris et à Montpellier, Jacob est agrégé au collège de médecine de Lyon en 1668. Dès l’année suivante, il fait une série de voyages à Paris et en Allemagne et rentre ensuite à Lyon où il exerce la médecine et commence à écrire des livres ayant trait à la médecine bien sûr, mais aussi à la morale et à l’archéologie, dont La relation de l’état présent de la ville d’Athènes en 1674. Au mois d’octobre de cette année, il entame un voyage dans les pays de l’Antiquité classique : l’Italie d’abord, puis la Grèce, en compagnie de trois Anglais, dont le botaniste anglais George Wheler, sur la galère de l’ambassadeur vénitien Morosini qui se rend à Constantinople. Arrivés dans la capitale ottomane en septembre 1675, Spon et Wheler sont reçus par l’ambassadeur de France, le marquis de Nointel, qui a déjà réuni une grande collection d’antiquités grecques. Au cours de leurs pérégrinations, les deux amis visitent plusieurs villes et îles grecques et effectuent un voyage en Anatolie, accompagnés pour une partie du trajet par le Dr John Covel. À son retour à Lyon en juillet 1676, Spon arrive avec 50 manuscrits, plus de 600 médailles et ayant copié plus de deux mille inscriptions grecques et latines. Après neuf années passées entre la médecine, l’histoire et l’archéologie ainsi que la rédaction d’ouvrages et de lettres, Spon est contraint à l’exil en raison des difficultés croissantes que connaissent les protestants en France, jusqu’à la révocation de l’Édit de Nantes en octobre 1685. Arrivé malade et sans argent à Vevey, il meurt à l’hôpital de cette ville le 25 décembre 1685.

 

Texte français: Voyages d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, fait ès années 1675 et 1676 par Iacob Spon, Docteur medecin aggregé à Lyon, et George Wheler, Gentihomme Anglois, 3 vol., Lyon, 1678, vol. 1, p. 274-275 (autre numérisation).

Nous prîmes donc tous ensemble une Barque et partîmes de Constantinople sur le midy le 16 d’octobre 1675. Nous laissâmes à nôtre gauche Chalcédoine, et le golfe de Nicomédie, au fond duquel est cette Ville appelée presentement Ischmit : et à nôtre droite l’Isle de Proté, où nos Vaisseaux Venitiens avoient donné fond, le Bayle ne leur ayant pas permis de venir au Port de Constantinople à cause de la peste. Le Vaisseau marchand nommé la Fortunette, qui avoit été obligé d’y venir, ne tarda guere à être infecté, et trois ou quatre matelots en moururent. Plus avant nous laissâmes sur la droite deux écueils, qui retiennent leur ancien nom d’Oxya et de Platy ; le premier, parce qu’il est fort pointu ; et l’autre, parce qu’il est bas et large ; et c’est ce que signifient les noms que les Grecs leur ont donnez. Ensuite, nous passâmes prés de la petite Isle d’Antigone, et vînmes coucher à celle de Chalcis, à un Monastere de Caloyers rebâti par Panagioti Drogueman du Grand Seigneur. On y voit son Epitaphe en Grec literal, et celle d’un Ambassadeur d’Angleterre appelé Edoüard Barton, sous le regne d’Elizabet. Les Caloyers nous receurent civilement et nous fournirent autant de couvertures et de matelats que nous voulûmes. Le lendemain, nous partîmes de bonne heure et vînmes dans le golfe de Montagnia.