Tischendorf, Konstantin von (15-16 août 1844)

Konstantin von Tischendorf

15-16 août 1844

Le philologue allemand Lobegott Friedrich Constantin Tischendorf est né à Lengenfeld (Saxe) en 1815. Intéressé très tôt par le texte grec du Nouveau Testament, il consacre sa vie scientifique à la recherche de manuscrits anciens dont l’importance s’avère fondamentale pour la constitution de plusieurs textes testamentaires ou apocryphes. Il visite toutes les grandes bibliothèques d’Europe et fait plusieurs séjours en Orient, d’où il revient avec plusieurs manuscrits. C’est au Monastère du Mont Sinaï qu’il fait la plus grande découverte de sa vie de chercheur, le célèbre Codex Sinaiticus (manuscrit de la Septante, IVe siècle). Tischendorf est considéré comme un des plus grands historiens des textes bibliques. Il meurt à Leipzig en 1874.

Au cours d'un voyage en Orient effectué d'avril à décembre 1844, il séjourne à Constantinople, en août 1844, et y visite les Îles des Princes, en particulier les bibliothèques des monastères de Prinkipo et de Chalki. À la Panaghia de Chalki, il fait la connaissance d'un certain Bartholomée, alors higoumène du monastère et autrefois moine au monastère Athonite de Koutloumousiou (d'où son nom de Koutloumousianos). Ce dernier mentionne la visite de Tischendorf dans l'ouvrage qu'il consacre au monastère; il déclare lui avoir soumis un manuscrit (actuel Panaghia 157) pour datation.

B. Koutloumousianos, Ὑπόμνημα ἱστορικὸν περὶ τῆς κατὰ τὴν Χάλκην μονῆς τῆς Θεοτόκου, en Konstantinoupolei, 1846, p. 85:

Οὕτως ἐγνωμοδότησε καί τις ἀρχαιολόγος περιηγητής, Σάξων τὸ γένος, τὴν κλῆσιν Κωνσταντῖνος Τισχενδόρφου· ὅστις, παρελθὼν τὰ ἱερὰ καταγώγια τῆς Παλαιστίνης, καὶ αὐτὸ ἔτι τὸ τοῦ Σιναίου Ὄρους, τελευταῖον ἐπεσκέφθη καὶ τὴν ἡμετέραν Μονήν, τῇ 16 Αὐγούστου 1844, καὶ παρετήρησε, μετ’ ἄλλων πολλῶν, καὶ τὴν περὶ ἧς ὁ λόγος βίβλον.

C'est aussi l'avis d'un voyageur archéologue, d'origine saxonne [allemande], dont le nom est Constantin Tischendorf. Celui-ci, après s'être rendu aux couvents de Palestine, et même à celui qui est au Mont Sinaï, a visité notre monastère le 16 août 1844 et a examiné aussi, parmi bien d'autres, le livre en question.

Le regard de Tischendorf sur les bibliothèques des îles de Princes se révèle pour nous fort décevant: sans doute ne pouvaient-elles pas à ses yeux rivaliser avec les merveilles du Sinaï!

 

Texte français : Jean-Pierre Grélois

Quelques jours plus tard j’entrepris une excursion aux îles des Princes, ces refuges, célèbres depuis l’Antiquité, pour bannis qui échangèrent là la pourpre et la soie contre les vêtements de l’exil. Aujourd’hui s’y trouvent les deux patriarches démis, Grégoire [Grégoire VI, patriarche œcuménique du 9 octobre 1835 au 3 mars 1840, puis du 22 février 1867 au 22 juin 1871 (n. d. t.)] et Konstantios. La visite de cet endroit avait pour moi plus de valeur du fait des bibliothèques que des antiques souvenirs liés à ces îles, ou du paysage enchanteur qui font de deux d’entre elles, Chalki et Prinkipo, de très heureuses îles.

            Samedi [15 août 1544, ancien style ?], un vapeur m’amena à Chalki à 4 heures de l’après-midi. J’avais un aimable compagnon de voyage qui me reçut avec hospitalité dans sa maison arménienne ; celle-ci fut pour moi une extraordinaire antichambre à mes études monastiques : il y habitait six Arméniennes, une mère et cinq filles […].

            Le patriarche Grégoire habitait dans notre voisinage ; je me fis annoncer chez lui, dans l’idée qu’il s’agissait de Konstantios, l’archevêque du Sinaï. Lorsque je fus reçu dans son coquet asile, je m’aperçus de mon erreur. Au reste Grégoire est un homme d’une urbanité accomplie ; bien qu’il eût connaissance de mon erreur, il accueillit ma visite avec la plus grande affabilité. Par ailleurs le luxe dont il s’entourait n’avait rien de celui d’un banni ; c’est qu’il faisait bâtir sur son île une magnifique église.

            Le lendemain matin nous allâmes en barque à Antigone. C’était un délicieux matin de dimanche […]. Antigone s’appelait jadis Panormos […]. Exilé maintenant à Antigone, Konstantios, à qui je rendis visite tôt le matin, s’ennuie aussi il est vrai dans sa solitude […]. Au reste il est un lettré ; il s’est déjà fait connaître pour tel il y a vingt ans par son ouvrage sur Constantinople ancienne et moderne dont il prépare maintenant une nouvelle édition. […]

            Je reviens aux îles des Princes. D’Antigone je me rendis à Prinkipo, la plus grande et la plus bénie de toutes les neuf. Grenadiers et cyprès, oliviers et vignes revêtent ses hauteurs ; un aimable village se situe près du port ; des maisons de campagne isolées se trouvent au-dessus. Des Chrétiens orientaux et francs y célèbrent volontiers quelque joyeuse fête. Nous visitâmes deux des trois monastères ; les deux sont bien situés, mais abandonnés, à l’exception d’un seul moine. Aucun des quelques manuscrits que j’y vis ne fournit le moindre butin scientifique […]

            De Prinkipo nous retournâmes à Chalki. Deux monastères y ont des bibliothèques dont les manuscrits valent l’examen. Dans celui de la Sainte-Vierge, qui est devenu une institution scolaire grecque, je rencontrai un moine très cultivé, du nom de Bartholomée. Il vivait à l’origine à l’Athos ; l’éclatement de la révolution grecque l’en chassa vers l’Italie où il resta sept ans ; il est maintenant le supérieur de son monastère et dirige la magnifique institution scolaire. Il a ainsi établi un catalogue de ses manuscrits dont le nombre dépasse la centaine. De même qu’au monastère de la Trinité, je vis là aussi quelque classique parmi les ouvrages ecclésiastiques et bibliques, par exemple Démosthène.

Einige Tage später unternahm ich einen Ausflug auf die Prinzeninseln, diese seit dem Alterthume so berühmten Zufluchtstätten für Verbannte, die hier Purpur und Seide mit den Gewändern des Elends vertauschten. Jetzt befinden sich dort die beiden abgesetzten Patriarchen Gregorios und Constantios. Mein Besuch daselbst galt mehr den Klosterbibliotheken als den alten Erinnerungen dieser Inseln, oder der reizenden Landschaft die zwei derselben, Chalki und Prinkipos, zu sehr glücklichen Eilanden machen.

            Am Sonnabende Nachmittags um Vier brachte mich ein Dampfschiff nach Chalki. Ich hatte einen freundlichen Begleiter, der mich gastlich in sein armenisches Haus aufnahm, das freilich einen sonderlichen Vorhof zu meinen Klosterstudien bildete. Es haus’ten darin sechs Armenierinnen, eine Mutter und fünf Töchter […].

            Der Patriarch Gregorios wohnte in unserer Nähe ; ich meldete mich sogleich bei ihm an, in der Meinung daß er Constantios der Erzbischof vom Sinai sei. Als ich bereits in seinem schmucken Asile aufgenommen war, merkt’ich meine Irrthum. Allein Gregorios ist ein Mann von vollendeter Artigkeit ; trotz dem daß er meinen Irrthum wußte, hatte er die gütigsten Formen für meinen Besuch. Uebrigens verrieth der Luxus, den er um sich hatte, nichts weniger als einen Verbannten ; auch ließ er eben auf seiner Insel eine stattliche Kirche bauen.

            Am nächsten Morgen fuhren wir in einer Barke nach Antigone. Es war ein lieblicher Sonntagsmorgen […]. Antigone hieß ehemals Panormos […]. Der jetzt nach Antigone verwiesene Constantios, den ich am frühen Morgen besuchte, langweilt sich zwar auch in seiner Einsamkeit […]. Uebrigens ist er ein Gelehrter ; er hat sich als solcher bereits vor zwanzig Jahren durch seine Schrift über das alte und neue Constantinopel bekannt gemacht, wovon er jetzt eine neue Ausgabe vorbereitet. […]

            Ich kehre zu den Prinzeninseln zurück. Von Antigone fuhr ich nach Prinkipos, der größten und gesegnetesten von allen neun. Granaten und Cypressen, Oliven und Reben bekleiden ihre Höhen ; ein freundliches Dorf liegt am Hafen ; einzelne Landhäuser liegen darüber. Orientalische und fränkische Christen halten hier gern ein fröhliches Fest. Wir besuchten zwei der drei Klöstern ; beide sind schön gelegen, aber bis auf einen einzigen Mönch verlassen. Eine wissenschaftliche Ausbeute gab keine der wenigen Handschriften, die ich daselbst sah. […]

            Von Prinkipos kehrten wir nach Chalki zurück. Zwei Klöster daselbst haben Bibliotheken, deren Manuscripte der Prüfung lohnen. In dem der heiligen Jungfrau, das zu einer griechischen Schulanstalt geworden ist, traf ich einen sehr gebildeten Mönch, Namens Bartholomäus. Ursprünglich lebte er auf dem Athos ; von dort vertrieb ihn der Ausbruch der griechischen Revolution nach Italien, wo er sieben Jahre blieb ; jetzt ist er Superior seines Klosters und leitet die treffliche Schulanstalt. Seine Manuscripte, deren Zahl mehr als hundert beträgt, hat er sogar in einem Kataloge verzeichnet. Wie im Kloster der Dreifaltigkeit, so sah ich auch hier unter dem Kirchlichen und Biblischen einiges Klassisches, z. B. Demosthenes.